Voici la note d'intention rédigée pour La rédemption de Faust. Peut-être n'est-elle pas inintéressante, ami lecteur, même si elle reprend des idées déjà déroulées auparavant. Comme dit
précédemment, le fait d'avoir posté fidèlement sur ce blog ( quoique de façon clairsemée dernièrement, faute de n'avoir plus grand chose à dire ) m'a aidé à rassembler ma réflexion, mon opinion sur
notre ami Johannes Faust n'ayant pas changé depuis.
Donc, voici en exclusivité planétaire, la note secrète rédigée pour mon chef d'oeuvre ...
LA GENESE DE LA REDEMPTION DE FAUST
« Je ne crois pas à la damnation éternelle. Il n'y a pas d'enfer éternel. Concevoir un tel enfer, c'est nier Dieu ... dans la mesure où Dieu est unité,
puis expansion, puis retour à l'unité, tout le monde est sauvé. Et Méphisto comme Lucifer seront sauvés. «
Cette citation de Maurice Béjart, qui discutait de son spectacle, Notre Faust, créé en 1975, lue il y a presque quinze ans au détour d'une revue,
fut le point de départ de l'écriture de ma pièce de théâtre, La rédemption de Faust.
Johannes Faust ne pouvait être damné, puisqu'il n'y a pas d'enfer, et même Lucifer pouvait être sauvé ! L'idée m'avait séduite, mais il fallait tout mettre
en forme, ré-écrire une fois encore le mythe de Faust, tant et tant visité au travers des siècles par les auteurs successifs.
Les origines du mythe
Le vrai Faust a existé, et il s'appelait Johann Georg Faust. Il a vécu entre le 15ème et le 16ème siècle ( 1480 ? - 1540 ? ), et aurait enseigné à
l'université. Il se vantait de pouvoir pratiquer la magie noire. Personnage peu recommandable, il n'avait rien de commun avec le Faust des romans.Toujours est-il que dès la seconde partie du
16ème siècle, des légendes commencent à circuler sur sa vie. Un Volksbuch ( récit populaire ), d'un auteur anonyme, rédigé en allemand, paraît en 1587. Le dramaturge anglais Christopher
Marlowe fait jouer sa pièce, La tragique histoire du docteur Faust, en 1594. Puis Johann Wolgang Von Goethe, qui connaît cette histoire, l'écrira pour la scène à son tour. La version
définitive ( de Faust 1, car il existe un Faust 2, moins connu ) sera publiée en 1808, bien que la pièce ne soit jouée qu'en 1829 seulement. Après sa traduction heureuse en
français par Gérard de Nerval en 1830, la France se passionnera pour la légende de Faust. Deux opéras fameux sont montés au 19ème siècle : celui de Berlioz, La damnation de Faust, en
1846, puis celui de Gounod, Faust, très grand succès, en 1859. Le mythe continuera d'inspirer les auteurs au 20ème siècle. Il serait vain de vouloir tous les énumérer. Une bibliographie
de Faust est somme considérable.
Faust, une histoire de notre temps
Bien que la légende de Faust ait des siècles d'existence, je crois pouvoir affirmer qu'il s'agit plus que jamais d'une histoire de notre temps. Elle
contient des thèmes qui nous concernent toujours : vacuité du savoir, désespoir et insatisfaction existentiels de l'Homme, quête du bonheur, tentation du suicide, recherche de l'amour véritable,
drame de la séduction, paradoxe entre la douceur d'aimer et la douleur occasionnée par la passion, besoin de spiritualité. Johannes Faust est un homme qui nous touche par son humanité. Partagé
entre Ciel et Terre, entre désirs spirituels et désirs charnels, il est un homme déchiré, au bord de l'abîme, bien incapable de choisir. C'est en voulant franchir les limites de la condition
humaine qu'il prend le risque de se perdre lui-même.
La mise en scène de ma pièce, La rédemption de Faust, dans notre monde actuel, n'aurait rien d'anachronique. L'époque de l'action n'a pas une
importance considérable. Ce qui importe, c'est qui, comment et pourquoi. C'est ainsi que l'indication du temps de l'action est très approximative, action située entre le 19ème et le 21ème
siècle.
Quelques mots sur la forme de la pièce ...
La rédemption de Faust a été écrite sous la forme d'une pièce de théâtre. Ce choix me paraissait
pertinent, puisqu'à l'origine, l'histoire avait été créée pour la scène. Le récit devait vivre ! J'ai désiré également la rédiger en alexandrins, afin d'exalter la dimension poétique de la
légende de Faust. Je ne me cache absolument pas d'avoir puisé aux sources des auteurs qui m'ont précédés, notamment Goethe. J'ai volontairement gardé les idées ou les formules les plus
remarquables, en les ré-écrivant en vers, d'une façon plus actuelle et plus personnelle. Le dénouement proposé est ma réponse à la question récurrente : eu égard aux erreurs qu'il commet – somme
toute très humaines - , Johannes Faust doit-il être sauvé ou damné ?
... et sur le fond : le spirituel dans La rédemption de Faust
Pouvait-on seulement imaginer un Johannes Faust athée ? Une histoire de Faust sans thématique spirituelle ? Moi, je ne le pouvais pas. Sans Dieu, pas de
diable. Sans diable, pas de pacte. Or, le pacte avec le diable est l'élément invariable de toutes les versions de Faust. Il en est l'essence.
D'un point de vue matérialiste, ce pacte symbolise l'impatience du désir : pour avoir tout, tout de suite, et outrepasser sa condition humaine, Johannes
Faust est involontairement prêt à aliéner ce qu'il possède de plus cher, sa liberté.
D'un point de vue spirituel, ce pacte, dans ma version de l'histoire de Faust, représente le renoncement à l'espérance. Lucifer souhaite par ce biais, non
pas amener Johannes Faust en enfer après son trépas, puisque l'enfer n'existe pas, selon le postulat initial, mais le pousser à désespérer de Dieu.
La rédemption de Faust contient beaucoup de références plus ou moins évidentes à la Bible, ainsi qu'à certains textes religieux (
notamment le Livre d'Enoch ). La pièce soulève des questions, laissant chacun répondre en son coeur : comment être heureux, que fait Dieu pour nous rendre heureux, doit-on attendre
quelque chose de Lui, se soucie-t-Il de nous, quel est la place de l'amour dans tout cela, quels interdits, pour quelle réalité, quel sera le sort de ceux qui transgressent les lois divines,
qu'adviendra-t-il des Hommes, de Lucifer et de ses anges au jour du jugement ?
C'est ainsi que mon texte s'ouvre par un Prologue dans le Ciel, idée extraite du Livre de Job, également exploitée par Goethe. Johannes
Faust ne sera qu'un pion sur le grand échiquier des Cieux. Au delà du pari – l'homme se perdra-t-il sur le chemin du Salut ? - se trace en fait une interrogation bien plus grande : Lucifer
lui-même sera-t-il sauvé à la fin des temps ? Peut-être, peut-être pas ... dans La rédemption de Faust, la réflexion est ouverte.